Repère 10 · Plantes et cueillette Plantes aromatiques, tisanes et cueillette
Autour de la lavande pousse toute une famille de plantes qui font vivre des distillateurs, des séchoirs et des cueilleurs. Cette page dit ce qui se récolte ici et quand, ce que la loi autorise à ramasser, et comment sécher une plante sans lui ôter ce qui fait son intérêt.
Les PPAM, plantes à parfum, aromatiques et médicinales, forment une filière agricole à part entière. En Haute-Provence, elles occupent les terres que ni la céréale ni le verger ne veulent : sèches, caillouteuses, en pente, exposées au sud.
Trois façons d'obtenir une plante
- La culture : semée ou plantée, récoltée mécaniquement, rendement régulier.
- La cueillette sauvage : ramassée sur des parcours naturels, tributaire de l'année.
- Le jardin : quelques pieds pour la cuisine, sans autre règle que la place disponible.
1. Ce que recouvre le sigle
Une même plante peut relever des trois catégories du sigle selon l'usage qu'on en fait. Le thym vendu en botte est aromatique ; distillé, il devient une plante à parfum ; infusé, un usage médicinal traditionnel lui est prêté. Le producteur, lui, ne fait pas le même métier dans les trois cas.
- À parfum. La plante est distillée pour son huile essentielle : lavande fine, lavandin, sauge sclarée, immortelle.
- Aromatique. La plante est séchée ou vendue fraîche pour la cuisine : thym, sarriette, romarin, laurier, origan.
- Médicinale. La plante est destinée à l'infusion ou à la préparation : tilleul, verveine, mélisse, camomille.
Cette page laisse volontairement de côté la lavande, qui a sa propre fiche, et se concentre sur tout ce qui pousse à côté d'elle. voir la fiche lavande et distillation
2. Les plantes du secteur, une par une
| Plante | Récolte | Partie utilisée | Destination |
|---|---|---|---|
| Thym | Mai et juin, à la floraison | Rameaux fleuris | Séchage, distillation |
| Sarriette | Juillet et août | Sommités fleuries | Cuisine, séchage |
| Romarin | Presque toute l'année | Rameaux | Cuisine, distillation |
| Sauge sclarée | Juillet | Hampes florales | Distillation |
| Immortelle | Juin et juillet | Capitules jaunes | Distillation |
| Tilleul | Juin, sur quelques jours | Fleurs et bractées | Séchage, infusion |
| Verveine odorante | Juillet à septembre | Feuilles | Séchage, infusion |
| Mélisse | Juin à août | Feuilles | Séchage, infusion |
| Origan | Juillet et août | Sommités fleuries | Séchage |
Tableau large : faites défiler horizontalement.
Deux d'entre elles méritent un mot de plus. La sauge sclarée est une bisannuelle spectaculaire, qui ne fleurit qu'à sa deuxième année et que l'on distille pour un composé recherché en parfumerie. L'immortelle, ou hélichryse italienne, se reconnaît à son odeur de curry et à ses capitules qui gardent leur couleur une fois secs : son huile essentielle est l'une des plus chères de la région, parce qu'il faut énormément de fleurs pour en obtenir très peu.
3. Cultiver ou cueillir : deux métiers
Le cultivateur maîtrise sa parcelle, sa densité, sa date de récolte. Le cueilleur, lui, dépend de ce que l'année a donné et parcourt des dizaines de kilomètres pour remplir un sac. Les deux existent en Haute-Provence, et leurs produits n'ont ni le même profil ni le même prix.
- La plante cultivée est homogène, propre, disponible en quantité et d'une année sur l'autre.
- La plante cueillie est plus variable, parfois plus concentrée en arômes, et se raréfie certaines années.
Aucune des deux n'est supérieure. Une huile essentielle de qualité peut venir d'une culture bien conduite comme d'une cueillette soignée : ce qui compte est la date de récolte, la vitesse de mise en distillation et la conduite de l'alambic.
4. Ce que dit la règle sur la cueillette
Ramasser des plantes n'est pas un droit sans limite. Quatre principes s'appliquent, et ils sont simples à retenir.
- Un terrain a toujours un propriétaire. Cueillir sur une parcelle privée, cultivée ou non, suppose l'accord de celui à qui elle appartient. L'absence de clôture ne vaut pas autorisation.
- Des espèces sont protégées. Une liste régionale interdit le ramassage de certaines plantes, en tout lieu et en toute quantité. La méconnaître n'excuse rien.
- Des arrêtés encadrent les quantités. Pour plusieurs espèces recherchées, la préfecture fixe des périodes, des volumes maximaux par personne et parfois des zones interdites.
- La cueillette commerciale relève d'un autre régime. Ramasser pour vendre suppose des autorisations spécifiques, différentes de la cueillette familiale.
S'y ajoutent des règles de bon sens qui font la différence entre un cueilleur et un pilleur : ne jamais arracher les racines d'une plante que l'on veut retrouver l'an prochain, ne prélever qu'une fraction d'une station, laisser les pieds les plus vigoureux monter en graines, et ne rien ramasser au bord d'une route passante.
En cas de doute sur une espèce ou sur un lieu, la mairie et l'agent forestier local savent répondre. Une cueillette faite sans vérification peut coûter cher.
5. Sécher et conserver
Le séchage est l'étape où se perd le plus de qualité. Quatre conditions le réussissent.
- Récolter par temps sec, après la rosée et avant la grosse chaleur, en général en milieu de matinée.
- Sécher à l'ombre et au courant d'air, en couche mince ou en petites bottes suspendues, jamais en plein soleil.
- Rester sous une chaleur modérée. Au-delà d'une trentaine de degrés, les composés volatils partent avec l'eau.
- Attendre la cassure nette. Une tige qui plie est encore humide et moisira en bocal ; une tige qui casse est sèche.
La conservation suit la même logique : bocal hermétique, à l'abri de la lumière, dans un endroit frais. Les feuilles gardent leurs arômes environ un an, les fleurs beaucoup moins, les racines davantage. Un thym qui ne sent plus rien ne se rattrape pas : il se composte.
6. Acheter une tisane ou une huile essentielle
Les repères ne sont pas les mêmes selon le produit.
- Pour une plante séchée : regarder la couleur, qui doit rester vive, et sentir le sachet ouvert. Une tisane grise et muette a été séchée trop chaud, trop tard, ou stockée trop longtemps.
- Pour une huile essentielle : chercher le nom botanique latin, la partie de la plante distillée, l'année de récolte et le numéro de lot. Ces quatre informations sont la carte d'identité du flacon.
- Dans les deux cas : un producteur distillateur sait dire de quelle parcelle vient le lot et quel jour il a été récolté.
Une précaution enfin, qui n'est pas commerciale mais sanitaire : les huiles essentielles sont des produits très concentrés, dont l'usage interne, l'application sur la peau et l'emploi chez l'enfant ou la femme enceinte relèvent d'un avis professionnel. Ce répertoire décrit une production agricole, il ne donne aucun conseil de santé. voir comment lire une certification biologique